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Jane Le Besque
Green
  Photo: Christophe Jacquemet
 

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Bestiaire intime

Elle sauve de la disparition la couleur des oiseaux qu’elle applique à ses peintures. Aussi les racines recouvertes d’or, les entrelacs de bois brun et noir. Les lichens bleus. Les nobles moisissures recueillies sur les pierres. Les épis de maïs en flammes sèches. Les guirlandes de tamiers aux rouges insistant, les herbes blondes. Les langues de bœuf éclairant l’obscur des forêts comme celui de certaines de ses compositions. Les insectes couchés sur les livres d’art en vrac dans un fauteuil. Les faisans, les dames blanches tombés des pins. Les geais, les grives, les pics verts déchus du ciel. Les galets volés à la transparence de l’eau. Les bouquets de plumes dans les gamelles en aluminium au bord d’une fenêtre.

Dehors, sur la terrasse, les ossements d’un mouton dans lesquels se tient le bleu du ciel. Une chaise de paille éventrée. Des oiseaux en attente d’un regard. Ici, la mort repose. La peintre prépare ses couleurs.

Elle dépose sous la grande loupe de travail le minuscule, pour agrandir la vie et mieux la peindre, pour la donner à voir. Sous la grande loupe, les élytres fragiles et le duvet des abeilles, des bourdons. Des antennes rétractiles d’un monde à révéler. O particules élémentaires ! Poudres animées !

De longues promenades nourrissent son imaginaire. Son bestiaire intime. Elle emporte à ses pieds, dans ses mains, les traces forestières. Les chemins aux signatures secrètes. La lumière frissonnante des haies. Le vocabulaire embrouillé des lianes. Le rêve des animaux l’accompagne dans l’atelier pour révéler son paysage intérieur.

Elle connaît le dos des capucines, les dessous du jardin et tente de sauver de la disparition les couleurs d’être en ce monde.

Elle invite les limaces fantômes à laisser une trace sur la peinture en train de s’élaborer. Et ne craint pas la cavalcade fantaisiste des insectes sur ses papiers découpés.

On peut la surprendre debout sur une chaise dans la solitude et le silence de son atelier. Pas de musique, seulement les effets de la nature. Elle regarde de haut longuement sa peinture avant de replonger dans la matière.

Joël Bastard